Buckson : entretien avec l'auteur

5 février 2018

Nous avons profité de la venue de Victor Araque au festival international de la bande dessinée d'Angoulême pour l'interviewer au sujet de Buckson, son étonnant one-shot paru en septembre dernier...

Bonjour Victor Araque. Votre bande dessinée est très particulière, à la fois réaliste et fantastique. Comment avez-vous trouvé cette idée ?
Victor Araque : J’aime beaucoup le thriller et le roman noir, mais aussi la science-fiction. J’ai donc fait un mélange des deux.

Le « Buckson » est une bestiole qui permet de sauver la vie des gens. Posée sur un corps blessé, elle régénère le sang et permet la guérison. C’est une sorte d’Alien, finalement ?
V. A. : Je qualifierais plutôt le buckson d’outil de travail. Dans cette histoire, le buckson est créé en laboratoire. Et il s’agit d’un être vivant qui n’est pas considéré comme un animal, mais bien comme un instrument.

Dans votre thriller, on peut dire qu’il y a deux héros. Le buckson, et l’étudiant généticien…
V. A. : Le buckson, qui est au centre de l’histoire, est effectivement un prétexte pour développer le reste de l’intrigue.

Yannick, le héros étudiant, va se retrouver malgré lui dans une situation terrible et tout faire pour s’en sortir vivant…
V. A. : Oui. Ce personnage complètement banal se retrouve dans une situation désespérée et hors du commun. J’ai voulu développer l’histoire d’un humain lambda confronté à des événements qui le dépassent complètement.

Vous avez surtout réussi à instaurer un suspense excellent. Jusqu’à la dernière page, on ignore ce qu’il va arriver à ce personnage…
V. A. : Je choisis volontairement de ne pas boucler mes histoires. Je préfère laisser la porte ouverte et laisser libre court à l’imagination des lecteurs.

Avez-vous eu des influences littéraires ou cinématographiques ?
V. A. : Principalement David Cronenberg et Martin Scorcese, dont j’aime beaucoup les films.

Il n’y aura pas de suite à cette histoire ?
V. A. : Buckson est un one-shot, l’histoire est complète. Mais ce monde que j’ai créé me donne un levier pour créer une trilogie, pas forcément axée sur le personnage de Yannick. Ce monde que j’ai créé, cet environnement dans le futur proche et ce principe d’utilisation de buckson, pourrait être développé.

Comment vous avez travaillé ?
V. A. : J’écris en même temps que je dessine le storyboard. Et je fais le dessin et l’encre de façon traditionnelle, à la main, tandis que ma coloriste Rocio Estepa fait la couleur de façon digitale.

Hormis les genres traités dans cet album (thriller, science-fiction), quels sont les sujets de bande dessinées que vous souhaiteriez traiter ?
V. A. : J’adorerais faire un projet de bande dessinée historique, avec une part de romanesque. Développer l’histoire de personnages de fiction, mais ancrés dans une réalité historique.

Quelle partie de l’Histoire a votre préférence ?
V. A. : L’empire romain, et les deux guerres mondiales. Je suis passionné par les liaisons entre les deux guerres, l’impact que la première a eu socialement sur l’histoire de l’Europe et sur la seconde. Ce ne sont pas les guerres en elles-mêmes qui m’intéressent, mais plutôt comment le genre humain a été capable de réitérer la même erreur.

Pour revenir à Buckson, Yannick est un héros qui se révèle très machiavélique…
V. A. : J’ai créé un personnage qui est le résultat de ses propres défauts. Un anti-héros plutôt qu’un héros. Il n’est pas particulièrement intelligent. C’est plutôt l’énergie du désespoir, la colère et la fatigue qui le poussent à mettre en place une vengeance, pas du tout préméditée. Je vois vraiment Yannick comme un humain inutile, bon à rien.

Et pourtant, vous ne l’avez pas tué… ?
V. A. : J’aime beaucoup maltraiter mes personnages… Le machiavélique, c’est moi ! (Il rit.)

Merci beaucoup, Victor !